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Par yann gautreau dans Les billets le 1 Novembre 2010 à 21:36
A l'heure des bilans?
La preuve et les épreuves du passage d'Annie sur Terre, mais aussi du nôtre, lorsque le particulier se fait universel, au moins pour trois générations... Et quel besoin de se demander si l'auteure peut réellement se souvenir de tout cela ? Là n'est pas l'enjeu ! Seule compte la vérité du regard sur soi, sur le monde dans le tourbillon de l'histoire, des cultures, des idéologies, en bref des "années". Quel sens donner à la vie, après le rugissement et les silences des jours désormais écoulés? Quelles relations dialectiques s'installent entre une conscience et son environnement ?
Et beaucoup d'autres choses, dont un style qui colle au projet : comment traduire la distance requise pour se dire et dire son époque, au-delà du formalisme un peu rigide du "elle" ? Que de pages que l'on achève en pensant "C'est ça! Précisément ça !"...
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Par yann gautreau dans Les billets le 22 Juin 2009 à 22:21
Lu il y a peu, un recueil de nouvelles de Kenzaburô Ôé : sacrifierais-je à un orientalisme de bon ton, si j’en juge par la présence croissante des auteurs japonais sur les tables des libraires ? Non, pas d’effet de mode ici, tant j’ai redouté et refusé (à tort!) durant de longues années une initiation à cette littérature… si ce n’est un Mishima entamé trop tôt et pas achevé…
Trois textes dans ce livre !
Le premier d’entre eux, Le faste des morts, m’a frappé par son sujet dont je ne pense pas qu’un auteur occidental eût pu tirer quelque substance… Je rectifie : qui de nos écrivains aurait choisi d’écrire là-dessus sans sombrer au mieux dans le fantastique, au pire dans l’horreur? Une piscine où les morts nagent en eaux troubles, un narrateur amateur de Racine aux prises avec un sale job, et puis de façon un peu inattendue, le poids de la société japonaise au cœur de cette poésie morbide… le curieux pourtant reste que ce morbide nous apprivoise, nous devient presque familier, réconcilie les destins individuels et hiérarchisés dans le flot laiteux d’une cuve : Ultime pied de nez aux castes et autres honneurs un peu mesquins...
Le deuxième texte, Le ramier, d’une autre violence, me rappelle par certains aspects une lecture marquante mais désormais lointaine, Les désarrois de L’élève Törless de Musil… Ou l’univers impitoyable d’une maison de redressement (et non d’un pensionnat), ses lois, ses hontes, ses humiliations, ses petites atrocités, ses rares moments de grâce…
Le troisième texte, Seventeen, explore les mécanismes d’un fascisme à la japonaise, avec cet ado soumis à son désir de puissance et à sa sexualité tourmentée. Sa place conclusive dans le livre me semble tout à fait judicieuse ; j’ai pourtant du mal à en formuler les raisons ! En fait, il me semble qu’une telle idéologie n’apparaît pas ex nihilo, et le lecteur pourra faire autant de liens qu’il le souhaitera avec ce qu’il aura pressenti de la société japonaise dans les récits précédents.
Un recueil riche, dérangeant, dépaysant...nécessaire.


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Par yann gautreau dans Les billets le 13 Juin 2009 à 22:31
Je remettais sans cesse à plus tard cette lecture : sans raison bien identifiée, on se dit que décidément ce n’est pas le moment et que l’ouvrage restera encore sur son rayon à prendre la poussière…
Aujourd’hui c’est chose faite, je l’ai lu ! Cela n’a rien d’un exploit, j’y ai pris beaucoup de plaisir, même si l’ensemble me paraît un peu inégal.
Ici, David Lodge dissèque la société anglaise, oppose de façon très dialectique la pensée ultralibérale d’un chef d’entreprise à celle « gauchiste » d’une universitaire ; thèse, antithèse et synthèse : le réel s’accommode mal du dogmatisme et semble un peu renvoyer chacun à son jardin, lorsque les systèmes ont montré leurs limites.
Mais l’intérêt de l’œuvre ne me semble pas résider dans cette confrontation dont on aura compris qu’elle est un peu stérile, même si elle ne se réduit pas tout à fait à un jeu à somme nulle. Non, ici, le bonheur naît de l’humour, de la tendresse de l’auteur pour ses deux héros, de sa férocité pour les autres personnages, de l’adroite mise en abyme de son propre travail…
La fin du roman, peut-être, comme seule réserve ; mais il faut bien en terminer et l’enjeu est ailleurs !

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Par yann gautreau dans Les billets le 13 Juin 2009 à 16:33
Je viens de relire avec mes élèves L’avare de Molière, après l’avoir travaillé l’année dernière sans trouver la clef qui susciterait l’intérêt des ados…
Comment avais-je pu être assez stupide pour ne pas comprendre que les ressorts comiques d’une pièce aussi ancienne seraient assez peu efficaces sur un jeune public… Bien sûr qu’Harpagon est drôle dans de nombreuses scènes, mais cela ne suffit pas!
L’idée n’est donc pas de partir de la dimension comique de la pièce, mais de s’attacher bien plus à sa signification, qui me semble toujours d’actualité. Or cette signification hésite entre la comédie et la tragédie : cette tension-là me semble féconde.
Quel est donc ce père qui contrarie les mariages de ses deux enfants, pour n’avoir pas à verser de dot ? Quel est donc ce père qui détruit sa famille et ruine ses relations sociales par avarice ?
Les élèves comprennent vite qu’aussi scandaleuse que soit cette tyrannie familiale, Elise et Cléante se sortiront de ce mauvais pas : là se situe la comédie avec ses grosses ficelles. Mais en approfondissant un peu, le drame personnel d’Harpagon éclate : cet homme demeure prisonnier de sa ladrerie et s’aliène l’affection de ses proches. Est-il pour autant incapable d’aimer ? Non, comme le prouvent ses tentatives pour séduire Mariane. Cependant, ses sentiments ne déboucheront sur rien, tant le vice étouffe le vieillard ; alors qu’un temps on aurait pu croire à une embellie : car le simple fait d’aimer, même s’il n’y a pas de retour sur investissement -maigre il est vrai-, sauverait l’âme d’Harpagon…
La fin de la pièce le renvoie hélas dans son enfer.

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Par yann gautreau dans Les billets le 12 Juin 2009 à 21:36
Un mot sur Moderato cantabile de Marguerite Duras.
Un livre lu il y a de nombreuses années, et l’envie d’y revenir, d’écouter à nouveau cette musique douce d’une histoire violente, passionnelle… Une histoire dont on sait peu, et qu’on imagine et reconstruit en même temps que les personnages l’évoquent et s’y projettent…
Comment exprimer l’enchantement paradoxal de l’écriture de Duras : ça paraît simple et ça ne l’est pas ! C’est surtout très blanc, très pur… et ça me touche ! Comme si les mots ménageaient en eux un espace qui recueille mon émotion, plutôt que de dire de manière univoque, frontale, et de forcer le sens.
L’écriture de Duras est pleine de silence, mais d’une précision extrême : pas de flou, seulement nous faire ressentir notre nudité, notre fragilité, à cet instant où tout pourrait basculer, où tout bascule…notre peu de poids aussi dans le cours des choses.
L’histoire d’Anne comme archétype de notre histoire : elle se place d’emblée sous le signe de la répétition, modérée, et chantante…

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